📚 À savoir

Loi 96 : ce que votre site web doit afficher en français

La Charte de la langue française ne dit pas seulement « il faut du français » : elle exige une version française présente, complète, équivalente à l'autre, et des contrats d'adhésion remis en français d'abord. Voici les exigences, une par une, avec ce qu'elles demandent concrètement d'un site web.

À jour au 10 août 2026 Dernier changement du droit couvert 1 juin 2025

📖 Chaque exigence renvoie à son article. Ce guide cite la Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11), telle que modifiée par la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français (Loi 96, 2022). Vous pouvez vérifier chaque référence dans le texte officiel sur LégisQuébec et consulter les guides de l' Office québécois de la langue française. Ce guide informe; il ne constitue pas un avis juridique.

Qui est visé, et depuis quand

Deux obligations distinctes, souvent confondues

L'obligation qui vise votre site web n'a pas de seuil d'effectif. Toute entreprise qui exerce des activités au Québec doit offrir en français ses catalogues, brochures, dépliants et publications de même nature - et l'OQLF applique cette exigence aux sites web. Une entreprise de trois personnes y est tenue autant qu'une de trois cents.

L'inscription à la démarche de francisation, elle, a un seuil : depuis le 1er juin 2025, il est de 25 employés au Québec, contre 50 auparavant. C'est une obligation séparée, avec ses propres étapes. Une PME de dix personnes n'a pas à s'inscrire, mais son site doit quand même être en français.

Et une précision qui rassure la moitié des gens qui posent la question : la Charte n'oblige jamais à publier en anglais. Elle exige que le français soit là, et au moins équivalent quand une autre langue est offerte. Un site unilingue français ne pose aucun problème.

Ce que votre site doit afficher

Les exigences par famille, telles que notre scan les vérifie

Ce sont exactement les points que le scan gratuit examine, avec leur référence. Le code entre parenthèses est celui qui apparaît dans le rapport : si vous avez déjà passé le scan, vous retrouverez ici la ligne qui vous intéresse.

Présence du français

P1Version française du site

Les catalogues, brochures, dépliants et publications de même nature doivent être rédigés en français. L'OQLF applique cette exigence aux sites web des entreprises qui exercent des activités au Québec.

C'est l'obligation socle : sans version française, chaque visite de votre site est une infraction potentielle, et n'importe quel citoyen peut porter plainte à l'OQLF en quelques minutes.

Charte de la langue française, art. 52

P2Le français comme langue d'accueil

La version française doit être accessible dans des conditions au moins aussi favorables que la version dans une autre langue : pas moins visible, pas moins complète, pas plus difficile à trouver.

Un site qui s'ouvre en anglais et relègue le français à un petit lien de bascule inverse la hiérarchie attendue au Québec; c'est un des reproches les plus fréquents dans les plaintes.

Charte de la langue française, art. 52 et lignes directrices de l'OQLF

P3Accès au français depuis chaque page

Un visiteur arrivé sur une page anglaise (par un moteur de recherche, par exemple) doit pouvoir passer au français sans revenir à l'accueil.

La majorité des visites n'entrent pas par la page d'accueil : un sélecteur absent des pages intérieures rend le français inaccessible en pratique.

Charte de la langue française, art. 52 (accessibilité de la version française)

Intégralité du français

I1Contenu intégralement français sur les pages françaises

Le contenu commercial de la version française doit être en français : des sections restées en anglais (descriptions de produits, articles, témoignages) ne remplissent pas l'obligation.

Les blocs non traduits sont exactement ce qu'un plaignant capture d'écran : ils démontrent que la version française n'est pas équivalente.

Charte de la langue française, art. 52

I2Boutons, formulaires et widgets en français

Les éléments d'interface de la version française - boutons, formulaires, bandeau de témoins, module d'infolettre ou de clavardage - font partie de la publication et doivent être en français.

Les widgets tiers installés en anglais (« Accept all », « Subscribe », « Powered by ») sont l'oubli le plus courant : ils s'affichent sur chaque page, y compris la première visite.

Charte de la langue française, art. 52

Équivalence des versions

E1Version française aussi complète que l'anglaise

Si le site existe en plusieurs langues, la version française doit offrir au moins le même contenu : mêmes sections, mêmes pages, mêmes renseignements.

Une version française « vitrine » de quelques pages face à un site anglais complet ne satisfait pas l'exigence : c'est le contenu réel qui compte, pas l'existence d'une page d'accueil traduite.

Charte de la langue française, art. 52 (conditions au moins aussi favorables)

Signaux techniques

T1Attribut de langue des pages

Chaque page française devrait déclarer lang="fr" pour que les navigateurs, lecteurs d'écran et moteurs de recherche la traitent comme du français.

Un attribut manquant ou erroné fait lire vos pages françaises avec une voix anglaise aux technologies d'assistance et brouille l'indexation linguistique.

Bonne pratique technique (appuie la conformité, non exigée par la Charte)

T2Balises hreflang

Un site bilingue devrait déclarer les alternances hreflang « fr » et « en » pour que les moteurs servent la bonne langue au bon visiteur.

Sans hreflang, Google peut présenter la page anglaise aux internautes francophones du Québec - l'inverse de l'accessibilité « aussi favorable » attendue.

Bonne pratique technique (appuie la conformité, non exigée par la Charte)

T3Titres et métadonnées en français

Les titres de pages et les descriptions qui s'affichent dans les résultats de recherche font partie de la publication : en français sur les pages françaises.

C'est la première chose que voit un client - souvent avant même d'entrer sur le site - et un signal facilement vérifiable par quiconque examine votre conformité.

Charte de la langue française, art. 52

Parcours d'affaires

C1Documents contractuels en français

Depuis le 1er juin 2023, les contrats d'adhésion (conditions d'utilisation, conditions de vente) doivent être remis en français d'abord; l'autre langue n'est permise que si le client le demande après avoir vu la version française.

Des CGV en anglais seulement exposent à la fois à la Charte et à un risque contractuel : des clauses pourraient être inopposables à un client québécois.

Charte de la langue française, art. 55

C2Offres d'emploi en français

Les offres d'emploi doivent être diffusées en français; une diffusion dans une autre langue doit se faire simultanément, par des moyens de même nature et atteignant un public cible de taille comparable.

Une page carrières en anglais seulement est une infraction visible publiquement et un signal négatif envoyé aux candidats francophones.

Charte de la langue française, art. 41 et 42

Ce qui a changé, et quand

La réforme de 2022 est entrée en vigueur par étapes

1er juin 2022

Sanction de la Loi 96, qui modifie la Charte de la langue française : pouvoirs élargis de l'OQLF et nouvelles obligations, dont plusieurs entrent en vigueur plus tard.

1er juin 2023

Les contrats d'adhésion doivent être remis en français d'abord : conditions d'utilisation, conditions de vente. L'autre langue n'est permise qu'à la demande du client, après qu'il a pris connaissance de la version française.

1er juin 2025

Le seuil d'inscription à la francisation passe de 50 à 25 employés au Québec. Beaucoup d'entreprises qui n'étaient pas visées le sont devenues sans rien changer à leur effectif. Le même jour, les règles sur les marques de commerce se resserrent : les génériques et descriptifs compris dans une marque non française doivent figurer en français sur le produit, et le français doit rester nettement prédominant sur la façade quand la marque affichée est dans une autre langue (règlement, art. 7.1 et 25.1).

Ce que le scan ne voit pas : la liste organisationnelle

Langue de travail, service à la clientèle, affichage - rien de tout cela n'est observable en ligne

Un scan lit un site web. Il ne peut rien dire de vos contrats de travail, de la langue de vos communications internes ou de votre affichage en magasin. Ces points-là se déclarent, et ce sont exactement les questions de notre évaluation gratuite - ici en entier, pour que vous puissiez faire l'exercice seul. Si vous préférez que ce soit compté pour vous, l'auto-évaluation prend cinq minutes.

Francisation et gouvernance

  • Votre entreprise emploie-t-elle 25 personnes ou plus au Québec, et si oui, est-elle inscrite à l'OQLF ? art. 139 - inscription obligatoire à 25 employés et plus (depuis le 1er juin 2025)
  • Une personne est-elle responsable de la conformité linguistique dans votre entreprise ? Bonne pratique de gouvernance (démarche de francisation)
  • Suivez-vous les échéances linguistiques qui touchent votre entreprise (règles de 2023, 2025, à venir) ? Bonne pratique - la Charte évolue par vagues depuis la Loi 96

Langue de travail

  • Vos contrats de travail et documents RH (manuels, politiques, formations) sont-ils disponibles en français ? art. 41 et suiv. - langue de travail
  • Vos communications écrites à l'équipe (courriels internes, notes, affichage interne) sont-elles en français ? art. 41 et suiv. - langue de travail
  • Quand un poste exige une autre langue que le français, justifiez-vous cette exigence et l'indiquez-vous dans l'affichage ? art. 46 et 46.1 - exigence linguistique justifiée

Service à la clientèle

  • Un client peut-il être servi en français du début à la fin (téléphone, courriel, clavardage, en personne) ? art. 5 et 50.2 - droit d'être informé et servi en français
  • Vos soumissions, contrats clients, factures et reçus sont-ils remis en français (ou en français d'abord) ? art. 55 (contrats d'adhésion, depuis juin 2023) et 57 (factures et reçus)
  • Vos infolettres et publications commerciales (y compris réseaux sociaux) sont-elles publiées en français ? art. 52 - publications commerciales

Affichage et marques

  • Votre affichage public (enseigne, vitrine, panneaux) respecte-t-il la nette prédominance du français ? art. 58 et suiv. - affichage public
  • Si votre marque comporte des mots dans une autre langue, vos descripteurs et génériques affichés sont-ils en français ? Règles renforcées sur les marques de commerce (depuis le 1er juin 2025)
  • Vos emballages, étiquettes et documents imprimés (dépliants, cartes, catalogues) sont-ils en français ? art. 51 et 52 - produits et publications

Les quatre oublis les plus fréquents

Ce qu'on trouve, en pratique, sur les sites qu'on analyse

1

La version française plus courte que l'anglaise

Moins de pages, moins de produits, un blogue qui n'existe qu'en anglais. C'est l'écart le plus facile à démontrer par capture d'écran - donc le plus souvent dénoncé.

2

Les conditions de vente restées en anglais

Depuis juin 2023, un contrat d'adhésion se remet en français d'abord. Des CGV anglaises exposent à la fois à la Charte et au risque que des clauses soient inopposables à un client québécois.

3

Les widgets et boutons oubliés

La page est traduite, mais le formulaire, le bandeau de témoins, le module de réservation ou le bouton de paiement restent en anglais. Ils font partie de la page, et se voient tout de suite.

4

L'anglais comme page d'accueil

Le visiteur arrive en anglais et doit cliquer pour obtenir du français. L'accueil est la première chose qu'un plaignant capture.

Ce que risque une entreprise non conforme

Sans dramatiser : ce qui est prévu, et comment ça commence

N'importe qui peut porter plainte, gratuitement et en ligne. L'OQLF traite les plaintes des citoyens : un concurrent, un client mécontent ou un simple visiteur peut dénoncer votre site web en quelques minutes. L'Office communique alors avec l'entreprise et peut exiger des correctifs dans un délai donné.

Des amendes qui montent vite. Ignorer une ordonnance de l'Office ou du ministre est une infraction pénale : 3 000 $ à 30 000 $ d'amende pour une société (700 $ à 7 000 $ pour une personne physique), doublée pour une première récidive et triplée ensuite - et chaque jour où l'infraction se poursuit compte comme une infraction distincte (art. 205, 207 et 208.0.1).

La Loi 96 a renforcé le régime depuis 2022. La réforme de 2022 a élargi les pouvoirs de l'OQLF, créé de nouvelles obligations (contrats d'adhésion en français d'abord depuis juin 2023, règles resserrées sur les marques de commerce depuis juin 2025) et abaissé le seuil de francisation de 50 à 25 employés depuis le 1er juin 2025.

Votre site est votre vitrine la plus vérifiable. Contrairement à l'affichage en magasin, votre site web est consultable par l'OQLF et par n'importe quel plaignant, en tout temps, avec captures d'écran à l'appui. C'est le premier endroit où la conformité se constate - ou se conteste.

Vérifier votre site

Le scan analyse votre site et vous rend le constat point par point, avec la référence de chaque écart et la correction concrète. Gratuit, sans compte, en quelques minutes. Si vous voulez ensuite le rapport complet avec le plan d'action, il est compris dans tous les plans, à partir de 299 $ une seule fois.

Les sources officielles

Tout ce qui est cité ici est vérifiable gratuitement